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11 avril 2024

Pour lire la Bible

Une équipe de séminaristes de Wigratzbad a eu l'honneur de contribuer au magnifique projet de traduction de la Bible latine dirigé par les dominicains de l'Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem. 


Une étape importante est franchie désormais, avec la mise en ligne de l’application gratuite BibleArt, une nouvelle proposition biblique et culturelle avec une traduction inédite et des milliers de notes multimédia. 

Cette application présente la première traduction française moderne, inédite, de la bible latine du Ve siècle, la Vulgate de saint Jérôme, en s’efforçant d’en conserver toutes les richessesElle offre des centaines de notes multimédia allant de la géographie aux arts visuels et musicaux, en passant par de grandes traditions liturgiques.

Pour une découverte en vidéo :



15 octobre 2020

2020 - Pèlerinage à Rome

Du 3 au 11 octobre, nos séminaristes francophones de sixième année ont eu le bonheur de séjourner dans la Ville éternelle, pour s'imprégner de romanité et invoquer notre saint patron. Le programme spirituel et culturel était chargé, mais l’accueil chaleureux de nos confrères de la paroisse de la Trinité-des-Pèlerins offrait la détente nécessaire, avec le secours des indispensables glaces...














Messe "ad caput", sur la confession de St Pierre


La messe à l'église de la Trinité-des-Pèlerins, célébrée par le nouveau curé, l'abbé Brice Meissonnier, et servie par les séminaristes :









14 avril 2017

Vendredi Saint : Le reniement de saint Pierre

Le musée du Louvre présente jusqu'au 22 mai 2017 une exposition consacrée à Valentin de Boulogne, peintre français mort en 1634 à Rome où il passa toute sa carrière. Adepte de la "manière sombre", il est considéré comme le plus doué des disciples du Caravage, qui venait de révolutionner la peinture en l'orientant vers un réalisme parfois abrupt, servi par l'emploi du clair-obscur. 

Peu après son arrivée à Rome vers 1614, Valentin de Boulogne réalise une grande huile sur toile (large de 2,40 m) pour illustrer le reniement de saint Pierre. Elle est conservée habituellement à Florence, à la Fondazione di Studi di Storia dell’Arte Roberto Longhi. 

Sur un fond brun, la scène nous présente, autour d'un bas-relief antique, sept personnages, formant trois groupes. Au centre, deux soldats jouent de l'argent aux dés. Les dés viennent d'être lancés, et n'ont pas encore donné leur résultat. Quel sera le sort ? Habilement, ce suspense renvoie à ce qui passe autour : un événement sur la gauche distrait les deux personnages de droite. Un officier au plumet blanc montre de la main gauche (qui se retrouve au centre du tableau) le vieillard qu'une servante vient d'agripper. Du pouce, son interlocuteur nous renvoie plus discrètement vers la même scène. Le vieillard qui se réchauffait auprès d'un brasero ne semble pas rassuré. Tendu vers l'avant, il semble désireux de quitter le tableau pour échapper à cette femme agressive, flanquée d'un soldat sombre et menaçant. Une fois les dés jetés, les soldats se relèveront-ils pour l'appréhender ? Qu'adviendra-t-il alors de Pierre, et de l'Eglise à travers lui ? Sans St Pierre, le paganisme évoqué par le pesant bas-relief resterait-il seul vainqueur ?


Centrée sur le jeu des soldats, l'organisation de cette oeuvre illustre parfaitement le thème du reniement : St Pierre cherche à fuir, il voudrait s'enfoncer dans la nuit plutôt que de reconnaître qu'il est disciple de Jésus. S'il l'avouait, il reviendrait à la place d'honneur, au centre, en retrouvant son intégrité et sa dignité. Mais son attitude, si contraire à ses grandes promesses de fidélité, lui vaut de sortir du tableau, comme s'il sortait de l'Histoire. 

Le jeu de dés évoque un autre jeu, celui des mains, très réalistes, vivantes, véhémentes, "à l'italienne". Cette vivacité ajoute à l'anxiété de St Pierre, et au trouble qui agite son âme.

Les accessoires ne sont pas anodins. Les deux pièces d'argent posées sur la table renvoient aux trente deniers obtenus par Judas, tandis que nous reverrons les dés au pied de la Croix, quand les soldats (les mêmes ?) se partageront les vêtements de Jésus. L'officier qui désigne Pierre sera peut-être le centurion affirmant à la mort du Christ que "vraiment celui-ci était Fils de Dieu !" (ce que St Pierre n'a pas ici le courage de confesser)... Sa manche rouge peut évoquer le sang généreusement versé par Jésus, ce sang que l'apôtre a si peur de verser lui-même. 
Quant aux braises du feu, elles reviendront plus tard, quand le Christ ressuscité préparera pour ses disciples un repas de poissons, avant que St Pierre ne rachète son triple reniement par une triple protestation d'amour (en Jn 21). 

En ce Vendredi Saint, cette oeuvre originale nous renvoie à nos propres trahisons. Mais le destin de Saint Pierre, né de la grâce du Christ stimulant son repentir, nous encourage à espérer avec confiance.


NB : lu de droite à gauche, ce tableau n'est pas sans rappeler par sa mise en scène un des chefs-d'oeuvre du Caravage, la Vocation de St Matthieu (le mouvement, le nombre des personnages, l'argent, la rapière, la manche rouge...). Avec une différence majeure : à ce moment, St Pierre fait corps avec son Seigneur. 




01 mai 2016

Patrona Bavariae

Le mois de Marie commence par la fête patronale de notre région, consacrée à Notre Dame, patronne de Bavière, comme on peut le voir sur la célèbre Marienplatz à Münich, où cette dévotion a pris son essor vers 1616, ou encore au centre de Freising, l'ancienne capitale, où fut construite en 724 la première église bavaroise dédiée à la Vierge. 

En 1916, il y a donc tout juste cent ans, le pape Benoît XV autorisa la célébration dans toute la Bavière de la fête de la "Patrona Bavariae", le 1er mai de chaque année. 

A Münich, au centre de la Marienplatz

Au centre de Freising



à Füssen
Grâce au généreux travail de nos sacristains, la chapelle du séminaire s'embellit d'un "Maialtar", où nous pourrons pendant tout le mois de mai honorer la Mère de Dieu et lui confier toutes les vocations. 




Pour en savoir plus : consulter la page dédiée sur le site du diocèse de Münich et Freising (en allemand).



26 avril 2016

La Souabe baroque

Depuis notre fondation, une grande partie des offices de notre séminaire se déroulent dans la vaste église du sanctuaire marial de Wigratzbad, de manière à ce que les fidèles puissent en profiter. Mais esthétiquement, cette église est un pur produit du minimalisme architectural et liturgique des années 70, assez peu adapté malheureusement à la célébration de la messe traditionnelle.

Toutefois il nous suffit de faire quelques kilomètres en voiture pour découvrir les splendides églises baroques dont regorge notre région, la Souabe, à cheval sur le Bade-Wurtemberg et l'ouest de la Bavière. 


Fresque de la nef de Landsberg

L’art baroque est né à Rome au début du 17e siècle, dans un climat de fête perpétuelle, d'enthousiasme, voire d'euphorie. Il va se développer en Italie, en Espagne, mais aussi en Europe centrale, jusqu’aux pays Baltes et la Russie. La France lui préfèrera la majesté plus mesurée du classicisme. 

En Allemagne, et dans les pays touchés par la Réforme luthérienne, il est promu en réaction à l'austérité protestante, pour manifester sensiblement la joie du salut. Il suffit généralement de lever les yeux : la fresque centrale de la nef rend le ciel présent, pour montrer que c'est bien la foi catholique qui assure la transition vers le paradis. L'église (le bâtiment) est le chemin assuré vers le ciel, puisque l'Eglise (la communauté catholique) est la barque de St Pierre, donc l'arche du salut.


Landsberg

En pays souabe, succédant généralement à un gothique plus hiératique, le baroque apparaît comme un style caractérisé par le souci de la lumière, la dynamique des formes, le luxe des détails, la profusion des ornements, avec une riche polychromie. 

Parfois chargé, toujours spectaculaire, ce baroque allemand exprime parfaitement le message catholique à destination des fidèles, le sermon du prédicateur étant illustré avec abondance par un décor exaltant, souvent basé sur la forme de la spirale, ce qui entraîne vers le ciel.

On le doit à des artistes, architectes, peintres, sculpteurs et stucateurs comme Thumb, Feuchtmayer, Zimmermann, les frères Asam ou le Français Cuvilliès, entre autres. 

En voici un petit florilège, glané au hasard de nos sorties dans la région :


Abbatiale de Weingarten

Coupole de Weingarten

Prieuré de Birnau


Cathédrale de Freising (où fût ordonné l'abbé Joseph Ratzinger)

Abbatiale des prémontrés de Roggenburg

Ochsenhausen

Bad Schussenried


Abbatiale bénédictine d'Ottobeuren

Le choeur

Collégiale de Diessen

Abbaye d'Andechs

Messe à Irsee

La chaire de l'abbaye d'Irsee



16 novembre 2013

Peinture allemande et spiritualité chrétienne

Le séminaire de Wigratzbad se trouve à un peu moins de deux heures de voiture de Münich, l’opulente capitale de la Bavière. La ville est culturellement très riche, avec notamment une collection de tableaux mondialement connue, l’Alte Pinakothek, qui offre un panorama remarquable de la peinture européenne du XIIIe au XVIIIe siècle. 
Moins prestigieuse, plus discrète, la Neue Pinakothek qui lui fait face ne manque pas non plus d’intérêt, en poursuivant le parcours de Gainsborough à Van Gogh et Gauguin, tout en privilégiant la peinture allemande du XIXe siècle.
Elle permet de découvrir notamment le meilleur représentant du romantisme germanique, si typique, même s’il a vécu surtout dans le nord de l’Allemagne (à Dresde essentiellement) où se trouve la majorité de ses œuvres. Il s’agit de Caspar David Friedrich (1774-1840), un peintre qui estimait qu’« une véritable œuvre d’art ne peut sortir que d’une âme pure ».

Matin dans le Riesenbirge, 1810

Montagnes farouches et mers de nuage, vallées embrumées et forêts noires, ruines gothiques et nature inviolée… Toute la mélancolie du siècle s’exprime comme en sourdine, au moyen d’une palette volontairement limitée. Bien souvent l’artiste, ou le spectateur, est évoqué au premier plan, par un personnage anonyme, nous tournant le dos pour contempler une nature impressionnante, voire écrasante. La contemplation de la nature mène à un recueillement qui fait comprendre que « tu n’es rien. Dieu est Tout ».

Crépuscule, vers 1835

En réaction au rationalisme des Lumières, le courant romantique prône ainsi un mysticisme à tendance panthéiste, qui voit dans la nature une manifestation aussi éloquente que silencieuse de la présence de Dieu. En admirant l'œuvre de Friedrich, on sent qu’il a fait sienne cette pensée de son contemporain Hölderlin : « Tout mon être se tait pour écouter les tendres vagues de l'air jouer autour de mon corps. Perdu dans le bleu immense, souvent je lève les yeux vers l'Ether ou je les abaisse sur la mer sacrée, et il me semble qu'un esprit fraternel m'ouvre les bras, que la souffrance de la solitude se dissout dans la vie divine ».

Paysage du Riesengebirge, 1810

Les tableaux de Friedrich sont généralement symboliques. Selon le peintre lui-même, les montagnes sont des allégories de la foi, les rayons du soleil couchant symbolisent la fin du monde pré-chrétien, et les sapins représentent l'espoir. Les tonalités souvent froides, l'exposition claire et les contours contrastés mettent en relief l'aspect mélancolique, les sentiments de solitude et d'impuissance de l'homme face aux forces de la nature, manifestation de la grandeur de Dieu.

Croix dans les montagnes, 1808

Le tableau le plus célèbre de Friedrich est sans doute « Le voyageur contemplant une mer de nuages » (peint en 1818, conservé à Hambourg).
Le personnage est tourné vers une haute montagne apparaissant dans le lointain : elle représente Dieu. Les rochers enveloppés de nuages symbolisent les souffrances de la vie. Pour rejoindre Dieu, l'homme doit traverser cette étendue qui ressemble à une mer hérissée de récifs dangereux. De cette manière, Friedrich met en évidence la condition humaine, qui est à la recherche de Dieu et qui doit connaître différentes épreuves avant de l'atteindre. Pour lui, la rencontre de Dieu est une quête perpétuelle et doit être méritée.



Le Séminaire Saint-Pierre n’a certes pas pour objectif de former des romantiques… Mais un prêtre cultivé doit pouvoir apprécier un essai de Goethe ou un poème de Novalis, tout en contemplant un paysage de Friedrich, accompagné d’une sonate de Schubert. Tout ce qui est beau est catholique !